Mes balades dans Paris
Comme juché au sommet d'une gigantesque pièce montée, le Silène ivre, est difficilement maintenu sur un âne par une nymphe, des hommes et des adolescents. La monture semble fléchir sous le poids de l'ivrogne bedonnant. Les corps nus mêlés forment un groupe mouvant, prêt à s'écrouler. Les personnages titubent et sourient bêtement. La bacchanale, célébration du vin et de l'ivresse qu'il procure, est ironiquement intitulé "Le triomphe de Silène". La mythologie autorise quelques accrocs à la vertu.
Au jardin du Luxembourg, le Silène d'Aimé Jules Dalou (1838-1902) est tout à fait surprenant. Il faut faire le tour du groupe sculpté pour en apprécier tous les détails. C'est un tourbillon virtuose de corps dénudés et de poses acrobatiques auxquels se mêlent des détails charmants comme la pomme dans la main de l'enfant ou l'angelot grappillant des raisins.
Dans la mythologie grecque, Silène est le fils d'Hermès ou de Pan, sa généalogie est un peu confuse et varie selon les sources. C'est un satyre, mi-homme mi-bête (cheval ou bouc), un homme sauvage vivant dans les bois dont il ne sort que pour s'enivrer et veiller à l'éducation de Dionysos que les nymphes lui ont confié. Pourquoi confier un enfant à un ivrogne notoire? Parce qu'on lui attribue une grande sagesse
Silène incarne la fécondité de la terre et des hommes, il détient le secret du vin. Il a un don prophétique qu'il refuse de partager et il faut l'enivrer pour lui arracher ses prédictions. Ainsi le Roi Midas le fait boire pour lui extorquer sa sagesse et il n'apprend que la vanité du monde.
Aimé Jules Dalou reprend l'iconographie classique de Silène. Pierro di Cosimo (1510), Rubens (1617), Van Dyck (1621), Carle van Loo (1747), Daumier (vers 1830), tous ont représenté Silène comme un vieillard bedonnant et joyeux, très laid, lubrique, rendu grotesque par son ivresse. Au contraire dans l'antiquité, Praxitèle sculpte un satyre Anapauomenos (au repos), un beau jeune homme qui n'a rien de burlesque.
Dalou était un homme engagé, il participa à la Commune de Paris et dût s'exiler en Angleterre après la Semaine Sanglante de mai 1871. Revenu en France il bénéficia de commandes publiques. On pourrait voir dans "Le Triomphe de Silène" un ploutocrate vautré sur le peuple qu'il écrase.
*Source :http://archeologue.over-blog.com/article-34827367.html