Mes balades dans Paris
Jardin du Musée Rodin : Les Bourgeois de Calais
En 1347, durant la guerre de Cent ans, à la suite d'un siège particulièrement long, la ville de Calais fut contrainte de se rendre au roi d'Angleterre Edouard III. Six notables, Eustache de Saint-Pierre, Jean d'Aire, Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d'Andres acceptèrent de porter au roi les clefs de la ville.
En septembre 1346, Edouard met le siège devant la ville de Calais dont la garnison commandée par le chevalier Jean de Vienne résiste héroïquement à l'armée du roi d’Angleterre. Après onze mois de siège, la cité affamée négocie sa reddition. Edouard III, fatigué et énervé par la longue résistance calaisienne, accepte que six bourgeois lui soient livrés afin d'être exécutés. C'est à ce prix qu'il laissera la vie aux habitants toutefois contraints de déserter leur ville une fois les Anglais arrivés. Son épouse Philippa de Hainaut parvient cependant à le persuader d'épargner la vie de ces six malheureux, désespérés, venus devant le souverain en chemise, la corde au cou, les clefs de la ville et du château en mains. Par ce geste d’amour chrétien, Edouard épargne la vie d’Eustache de Saint Pierre et de ses cinq compagnons d'infortune devant une reine en pleurs.
Calais devient anglaise le 3 août 1347 et le demeure jusqu’au 6 janvier 1558 lorsque Henri II de France reprend la ville à Marie Tudor.
C’est sur les fondements de ce texte que Rodin trouve l’inspiration pour composer son œuvre une fois que la commande lui a été faite.
- "Gentil Sire et gentil roi, voyez-nous les six, qui avons été d'anciens bourgeois et grands marchands de Calais ; nous vous apportons les clefs de la Ville et du Château ; nous nous mettons en votre pure volonté pour sauver le "demeurant" du peuple de Calais qui a beaucoup souffert de privations. Veuillez avoir de nous pitié et merci par votre très haute noblesse".
Les seigneurs et chevaliers présents ne peuvent s'empêcher de les prendre en pitié et ont grand peine à parler.
Le roi les regarde très en colère car il avait le coeur si dur et si épris d'un grand courroux qu'il ne peut parler. Quand il le peut enfin, c'est pour dire qu'on leur coupe la tête. Tous les barons et chevaliers présents ainsi que Messire Gautier de Mauny prient le roi de les prendre en pitié mais en vain. C'est alors la reine d'Angleterre qui ne pouvant se retenir de pleurer, se jeta aux pieds du roi et dit:
"Ah, gentil sire, depuis que je repassai la Mer en grand péril comme vous le savez, je ne vous ai rien demandé ; or, je vous prie humblement et requiers à mains jointes que pour l'amour du fils de Sainte-Marie et pour l'amour de moi, vous veuillez avoir de ces hommes mercy"
Le roi attend un moment, regarde la reine qui pleure, s'émeut et ne veut pas lui faire peine et dit :
"Ah, Madame, j'aimerai mieux que vous fussiez autre part qu'ici ! Vous me priez si tendrement que je n'ose vous éconduire malgré que j'en ai envie. Tenez ! je vous les donne ! faites-en votre plaisir!"
Alors la reine joyeuse se lève, fait lever les 6 bourgeois, leur enlève les cordes qu'ils avaient au cou et les emmène avec elle dans sa chambre, les fait vêtir, leur fait servir à diner, leur fait remettre à chacun 6 nobles d'or et les fait conduire hors du camp en sûreté. Ils s'en vont demeurer dans plusieurs villes de Picardie. Le lendemain, 4 Août 1347, Calais est occupé et Gautier de Mauny prend possession de la Ville et du Château..
Son premier soin est d'ordonner de mettre Jean de Vienne et ses chevaliers en prison courtoise, en attendant leur transfert en Angleterre jusqu'à ce qu'ils aient payé leurs rançons. Les simples hommes de troupe sont rassemblés dans la halle pour y déposer leurs armes, puis renvoyés. Il fait amener dans la Ville des charettes entières de victuailles qui sont distribuées aux habitants. Cette distribution a des effets désastreux car plus de 300 personnes succombent pour avoir absorbé trop de nourriture trop vite. Ceux qui survivent sont expulsés, car Edward 3 a résolu de peupler la Ville de sujets anglais. Seul un prêtre et quelques personnes âgées restent à Calais pour fournir des renseignements relatifs aux coutumes anciennes de Calais.
Telle est, d'après les "Chroniques" de Froissart, la version la plus généralement admise de la reddition et du dévouement des 6 bourgeois. En 1895, l'illustre Rodin a figé dans l'immortalité du bronze, la sublime nudité de nos héros.
Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Bourgeois_de_Calais et : http://www.cote-dopale.com/tourisme/a-voir/les-6-bourgeois-de-calais-d-auguste-rodin