Mes balades dans Paris
Les Invalides - L'Aiglon, le retour des cendres par André Castelot
Le retour de L'Aiglon près de l'Aigle ...
Le 15 décembre 1940, par un temps pluvieux, cent ans après l'inhumation de l'Empereur aux Invalides, l'Aiglon est enfin de retour auprès de son père, mais dans quelles conditions hélas ?
La France vient de connaître la pire débâcle de son histoire et se retrouve occupée par les Allemands. Adolf Hitler espère, en faisant ce geste se rallier les Français à sa cause. Deux ans auparavant, Otto Abetz (ambassadeur du Reich à Paris, en 1940) avait déjà émis cetté idée de restitution pensant que celà servirait à un rapprochement franco- allemand, mais le climat politique était alors peu favorable. C'est Félicien Faillet, qui, au cours d'une conversation avec les autorités militaires allemandes rappela cette idée et insista pour qu'elle fût réalisée.
Le projet, cette fois, fut adopté, et, c'est le baron Méchin, qui s'occupant alors de la question des prisonniers, se chargea des prisonniers. Le Furher, par un télégramme personnel, avisa le maréchal Pétain de son intention, à l'occasion du centenaire du retour des cendres de Napoléon, de remettre à la France la dépouille mortelle de son fils, pour qu'elle reposât désormais auprès de lui, sous le même dôme.
Le maréchal lui adressa aussitôt ses remerciements "et ceux du peuple Français" . La nouvelle fut tenue secrète jusqu'au dernier moment, afin d'éviter les curiosités inopportunes. C'est seulement dans la journée de la veille qu'un petit nombre de journalistes parisiens reçurent une invitation les conviant à se rendre à l'ambassade d'Allemagne, à 23 h., et beaucoup d'entre eux, en y arrivant, ignoraient encore la raison de cette convocation à une heure aussi tardive.
Parmi ces journalistes, un dénommé André Castelot qui devait raconter cette journée dans son livre "L'Aiglon", écoutons-le nous la décrire : Il fait froid cette nuit du 14 au 15 décembre 1940. Plaçé sur une prolonge d'artillerie, le cercueil traverse Paris endormi-un Paris sans lumière, suit la Seine, les Tuileries où le petit roi était né, longe cette terrasse du bord de l'eau où il s'était si souvent promené dans sa petite voiture que traînaient les moutons dressés par Franconi....
Il est près d'une heure du matin, lorsque le cortège précédé de motocyclistes va s'immobiliser devant l'esplanade qui précède le dôme des Invalides.La neige commence à tomber. Dans la vaste cour, une double haie de gardes républicains portant des torches éclairent la scène. Devant la grille, les officiels échangent quelques paroles. Mais les soldats allemands n'iront pas plus avant. Vingt gardes républicains se saisissent du lourd cercueil de bronze et c'es sur des épaules françaises que les restes du fils de Napoléon franchissent lentement la cour où la neige a formé un tapis immaculé.
Une sonnerie de clairons se fait entendre. Puis les tambours battent aux champs comme autrefois... Le corps du duc de Reichstadt contourne maintenait la balustrade de marbre et est déposé devant l'autel au-dessus du tombeau où, depuis un siècle, l'Empereur attend son fils.
Napoléon II est désormais veillé par les gardes républicains en grande tenue. Il sera disposé , après la grande cérémonie officiel, dans la chapelle où se trouve Jérôme Bonaparte. Il y restera près de trente années…
Un vaste drapeau tricolore enveloppe le cercueil gris.
Les plis retombent en cascade, couvrant les marches violettes semées d'abeilles d'or ; D'une torchère s'échappent des volutes d'encens. Les quelques assistants-nous étions bien peu nombreux-s'éloignent la gorge serrée par l'émotion, laissant la petite ombre blanche entourée de dix gardes républicains sabre au clair, dix gardes en grande tenue, revêtus de cet uniforme qui rappelle ceux portés jadis par les soldats de la Grande Armée...
Dans la pénombre des chapelles latérales, Foch, Vauban, Turenne, veillent eux aussi, sur le colonel à l'uniforme blanc. Le Roi de Rome, dans son long cercueil d'airain placé près du rouge sarcophage au porphyre, allait désormais reposer sous le dôme étincelant d'or " au bord de la Seine, au milieu de ce peuple francais", qu'il aurait tant voulu connaître et aimer. L'Aiglon était revenu près de l'Aigle.
Le cercueil de l'Aiglon, tel qu'on pouvait le voir aux Invalides avant 1969-1970
En 1969, on transfère finalement la sépulture à son emplacement actuel, lacella, petite salle dans la galerie entourant le tombeau de Napoléon Ier. Aux pieds d'une statue de Napoléon, le cercueil, une bière de bronze à têtes de lions, est enfoui dans le sol. On ne voit aujourd'hui qu'une dalle avec une brève inscription, intégrée dans un décor conçu dans les années 1840 ; la cella accueillait auparavant des objets personnels de Napoléon.

Dans le calme de cette petite scella uniquement troublé par les pas des visiteurs qui tournent autour du tombeau de son père, l'âme de l'Aiglon n'entendra pas "siffler autour de ses os les balles qu'elle a si souvent souhaitées", ainsi qu'il l'avait écrit à sa mère, mais le fils de l'Empereur pourra lire les noms éclatants des victoires gravées sur les murs de ce qui sera désormais son tombeau." Tiré de " L'Aiglon" de André Castelot.

Aujourd'hui (Photos prises le 1er septembre 2015)
* sources : extraits : André Castelot : L'Aiglon